Anne-Sarah Kertudo, marraine de Mots dits Mots lus

Anne-Sarah Kertudo

Anne-Sarah Kertudo est directrice de l’association Droit Pluriel. Elle milite pour l’accès au droit pour tous depuis 20 ans, est à l’initiative en 2010 de la première permanence juridique en langue des signes et du « Procès dans le noir » au Palais de Justice de Paris, témoigne publiquement de l’expérience de la différence et dénonce les discriminations. Elle fonde en 2009 l'association Droit Pluriel qui agit pour une justice accessible à tous, et qui obtient des dictionnaires qu’ils changent leur définition du mot handicap en supprimant le terme « infériorité ».

Autrice de "Est-ce qu’on entend la mer à Paris ?" (L’Harmattan, 2010), elle est par ailleurs réalisatrice de documentaires. 

www.droitpluriel.fr

  • "Pour la première fois, on m’a demandé d’être marraine. Enfant, j’espérais chaque année être déléguée de classe mais je n’ai jamais été élue et je n’avais aucune chance de l’être : après un débat orageux entre la voix en moi qui voulait se faire entendre et l’autre qui m'intimait de me taire et de faire profil bas, je renonçais à me présenter. Je ne me sentais pas légitime, je n’appartenais pas aux bandes en vue, je n’étais pas sûre de moi. J’étais mal dans mon corps, pleine de doutes et de complexes. Je m’effaçais. Je donnais ma voix aux autres et m’enfermais dans le silence. Il m’a fallu des années pour comprendre que le sentiment d’infériorité qui m’étouffais n’était pas lié à ce que j’étais, mais découlait d’une construction sociale. Il y a ceux qui ont le sentiment d’avoir le droit, d’avoir raison et puis il y a ceux à qui on fait comprendre qu’ils n’ont pas la parole au sein d’une majorité à laquelle ils n’appartiennent pas. Ils n’ont pas la bonne couleur, la bonne naissance, l’orientation sexuelle consensuelle, ils sont pauvres ou handicapés. Je me suis engagée dans ce combat-là : donner la parole et leur place à ceux qui ne l’ont pas. C’est un combat intime : j’ai dû apprendre à me faire confiance, écarter les regards qui me disaient « handicapée, tu n’es pas notre égale ». C’est surtout une bataille collective et politique qu’il faut mener ensemble pour rappeler que la majorité est composée de tous. Adulte, j’ai espéré qu’on me fasse cette confiance de me faire marraine. Voilà, c’est arrivé : « Mots dits, mots lus » m’a choisie pour marraine. C’est un cadeau merveilleux. Il me dit que je suis légitime, que peu importe ma surdité, ma cécité, je suis ce que je fais, je suis ce que je défends, je suis l’égale des autres. « Mots dits, mots lus » porte ce message : chacun peut être pris d’émotion ou de vertige en écoutant des mots, en regardant l’artiste qui montre ses peurs, ses peines. « Mots dits, mots lus » nous rassemble pour que résonnent ensemble nos rires, nos troubles, dans le souci que personne ne soit laissé sur le bord de la route. J’ai dit oui pour cette aventure parce que le collectif se traduit toujours en moments de plaisir et de joie. J’ai dit oui sans trop savoir à quoi mais avec l’intuition que l’équipe qui m’emmène dans ce projet a des envies de liberté, sans freins et sans barrières. Des envies de se rencontrer, de se découvrir, par-delà tous les préjugés et les murs qui nous séparent. J’ai dit oui et j’espère que vous direz oui, vous aussi, pour nous rejoindre... " Anne-Sarah Kertudo

"ON FINIRA PIEDS NUS !" est le nom de ma nouvelle résidence d'auteur.

Ma précédente résidence, Les Lectures Singulières  était déjà soutenue par le Conseil Régional d'Ile-de-France et consistait à explorer toute la créativité qu'apporte le handicap

dans la littérature : lecture érotique en langue des signes, lecture en tête à tête, lecture dans le noir, écoute d'audiodescription, de feuilleton radiophonique...

Cette année, "ON FINIRA PIEDS NUS !" se déroule à la Passerelle, une des structures de l'AAPISE en Essonne (91).

Cette fois, chaque semaine, je rejoindrai de jeunes adultes de la Passerelle qui est un lieu d'accueil pour des jeunes concernés par divers handicaps cognitifs.

Je vais leur projeter le plus beau court-métrage du monde "Une histoire vértébrale" de Jeremy Clapin.... Le souci? c'est que la bande son en a été égarée... Aveugle, je ne vois pas les images de ce film !

Sans le son, comment y accéder ?!?

La mission de l'équipe de la Passerelle, une dizaine de filles et garçons de moins de 25 ans, sera de créer et poser sur ces images une bande sonore. Ils seront donc

auteurs, bruiteurs, musiciens, comédiens le temps d'une après-midi par semaine et ce pendant 10 semaines.

Je ne manquerai pas de vous tenir au courant de l'évolution de notre mission."

Anne-Sarah Kertudo

Action labellisée ANLCI -JNAI 2021 , plus d'infos par ici !

Résidence soutenue par la Région Idf, projet porté par La Constellation , avec Retour  d'Image et l'AAPISE >  9 septembre au 2 décembre 2021.

Article ACTU PARIS le 10 octobre 2021


VIDEO à découvrir 

  • Handicap : le contrat social invalide - #DATAGUEULE 97 - avec Anne Sarah Kertudo

https://wiki.datagueule.tv/Handicap:_le_contrat_social_invalide_(EP._97)

MEDIAPART «Convergences des luttes intimes» 9 juillet 2020 https://blogs.mediapart.fr/anne-sarah-kertudo/blog/090720/convergences-des-luttes-intimes

Edition SEUIL - EAN 9782021402568

https://www.seuil.com/ouvrage/anne-sarah-k-mathieu-simonet/9782021402568

"Nous avons fait notre coming out ensemble. Au collège, quand nous nous sommes rencontrés, Anne-Sarah n’osait pas porter d’appareils auditifs ; moi, je n’osais pas avouer que j’aimais les garçons. À vingt ans, nous nous sommes affichés. Nous avons appris à faire de nos hontes des forces intimes et politiques. Ensemble, nous sommes devenus juristes. Anne-Sarah a créé la première permanence juridique en langue des signes. Ensemble, nous sommes devenus écrivains. Un soir, pendant l’apéritif, Anne-Sarah m’a appris qu’elle allait perdre la vue. Je ne l’ai pas crue. « Je me souviens qu’on hurlait de rire quand elle me racontait ces histoires. Hurler de rire était la seule preuve tangible que le handicap ne nous touchait pas, resterait un accessoire, un gadget dans notre amitié. On n’utilisait jamais ce mot “handicap” ; il était tabou. » Mathieu Simonet est avocat. Il a écrit plusieurs romans publiés au Seuil. Ancien artiste associé aux Ateliers Médicis, il a réalisé un documentaire consacré à Anne-Sarah Kertudo."